Presse "Rosmersholm"

Extraits de presse (les articles complets sont à la suite) :

"Il y a, dans ce spectacle de Julie Timmerman, un sens rare de la vie individuelle et de la vie sociale, une mise en perspective quasi entomologique doublée d’un envol spirituel et esthétique. Les derniers spectacles tirés d’œuvres d’Ibsen que l’on a pu voir ce temps-ci, Le Canard sauvage par Stéphane Braunschweig, Un ennemi du peuple par Thomas Ostermeier, étaient plus spectaculaires, mais ce Rosmersholm est le plus exact, le plus renouvelé. On ne peut imaginer qu’il ne soit pas rapidement repris sur une scène importante." - Gilles Costaz, Webthea
"Les comédiens sont excellents... Du beau théâtre" - Armelle Héliot, Figaroscope 
"Une version talentueuse... c'est joué fin" - Jean-Pierre Léonardini, L'Humanité 
"Mis en scène avec brio... Cette première grande mise en scène se révèle prometteuse." - Laurence Liban, L'Express Culture 
"Belle mise en scène… On aime particulièrement le jeu intense de Julie Timmerman, la folie de Marc Berman et la fragilité de Xavier de Guillebon." - Laurence Liban, L'Express.fr (Les lendemains de la Générale)  
" Julie Timmerman, qui joue aussi une Rebekka solide, lumineuse et opaque, maîtrise parfaitement l’affaire… Excellents comédiens" - Christine Friedel, Théâtre du Blog
" Des comédiens à la hauteur du défi…
Dans le rôle de Rebekka West, Julie Timmerman compose une jeune fille pénétrante et sûre d’elle, vibrante et fiévreuse… Xavier de Guillebon est parfaitement en phase avec le rôle… L’impeccable Marc Brunet… Les seconds rôles sont tous parfaits. Philippe Risler impressionne… Marc Berman éclaire de son regard malicieux et de l’audace de son phrasé un truculent Brendel… Délicate Dominique Jayr, qui donne à son rôle de servante une dimension à la hauteur du propos. " Florent Coudeyrat, Les trois coups
"Julie Timmerman tient le rôle principal d’excellente manière avec une belle intensité de jeu… belle et judicieuse distribution qui porte parfaitement la partition… Xavier de Guillebon prête son talent au dernier des Rosmer" - M.M., Froggy’s delight





Rosmersholm d’Ibsen
Pas simple de monter Rosmersholm, où Ibsen entremêle le tableau social et les grands débats philosophiques et poétiques. Mais Julie Timmerman a bien raison de s’y intéresser, après Stéphane Braunschweig, car c’est l’une des pièces les plus aiguës et resserrées de l’auteur. Dans la ville de Rosmersholm, un ancien pasteur et une jeune garde-malade sont unis par l’amour et par une recherche spirituelle liée au courant révolutionnaire qui agite l’Europe au cours des années 1880 ( Rosmersholm a été publié en 1886). Ils deviennent vite scandaleux. Les conservateurs font pression sur eux, multiplient les rumeurs. Le couple, fou d’absolu, ne pourra supporter la cruauté de la vie réelle.
Julie Timmerman place l’action dans un cadre moderne et ancien à la fois : galeries de portraits d’époque sur les côtés, long écran en fond de scène où apparaît surtout l’image filmée de chevaux blancs, qui renvoient à une vie animale, mystérieuse et libre. Les personnages portent quelques traces d’aujourd’hui sur leur costume mais ce sont juste de furtifs rapprochements. On est en pleine fin du XIXe siècle, au cœur de relations corsetées où l’être humain tente d’aller au-delà des discours puritains (l’affirmation de la vertu cachant des comportements tranquillement immoraux). Xavier de Guillebon incarne l’ancien pasteur avec un juste sens de la flamme et de la braise. Julie Timmerman joue son amie d’une manière vibrante et secrètement passionnelle. Marc Brunet, dans le rôle du terrible Kroll, donne à son personnage la force inquiétante d’un être qui représente tout le conformisme culturel d’une société. Marc Berman, Dominique Jayr et Philippe Risler dessinent fort bien également ce monde austère et mensonger.
Il y a, dans ce spectacle de Julie Timmerman, un sens rare de la vie individuelle et de la vie sociale, une mise en perspective quasi entomologique doublée d’un envol spirituel et esthétique. Les derniers spectacles tirés d’œuvres d’Ibsen que l’on a pu voir ce temps-ci, Le Canard sauvage par Stéphane Braunschweig, Un ennemi du peuple par Thomas Ostermeier, étaient plus spectaculaires, mais ce Rosmersholm est le plus exact, le plus renouvelé. On ne peut imaginer qu’il ne soit pas rapidement repris sur une scène importante.









Théâtre du blog
À première vue, c’est une maison paisible, pleine de fleurs, mais aussi un peu mélancolique, avec le portrait d’une femme sévère.
C’est celui de Beate, l’épouse suicidée de Johannes Rosmer. Tout est déjà dans cette première image : la vie et la mort, l’élan et ce qui le freine,  vont se mesurer dans le manoir ancestral. Rebekka West, la belle et saine jeune fille qui semble régner ici, incarne d’abord une belle liberté, forte et pure : oui, Rosmer et elle peuvent vivre sans trouble (apparemment) dans la même maison, heureux d’un amour à peine conscient. Jusqu’au jour où …
Même dans une tragédie intime, intérieure, il faut un élément déclencheur. Il va d’abord prendre la figure du proviseur Kroll, venu demander à Rosmer de soutenir son journal d’ordre moral,  lequel est  scandalisé par l’appel de la liberté qu’il sent chez son beau-frère.
Ensuite, ce sera le journaliste véreux Mortensgaard, et le chantage qu’il tente d’exercer sur l’ancien pasteur. Cherchez la femme : la “faute“ ne peut venir que de Rebekka… Et Kroll finit par la faire parler : oui, elle a poussé Beate au suicide.
Rosmer, horrifié, troublé, retourné en tous sens, finit par la défier de se tuer à son tour. La fin est digne du grand opéra : réunis par l’amour, mais empêchés de le vivre sur cette terre, ils se jettent ensemble dans le torrent du moulin. Un personnage étrange est passé par là, Brendel, l’ancien précepteur de Rosmer, devenu une sorte clochard intellectuel, riche des œuvres qu’il n’écrira jamais, mais aussi d’une perspicacité de troll : c’est lui qui a mis le doigt sur l’inéluctable.
Comme souvent chez Ibsen, cette fatalité de la faute et du malheur est tranquillement mise en doute par un personnage pleinement dans la vie. Dans Le Canard sauvage, c’est le docteur, ici, c’est madame Helseth, la femme de charge.

Julie Timmerman, qui joue aussi une Rebekka presque trop solide, lumineuse et opaque, maîtrise parfaitement l’affaire : avec peu de moyens, elle a conçu (avec Clémence Kasémi) une maison Rosmer à la fois minimale et maximale, où le poids des ancêtres pèse de plus en plus lourd. Elle s’est entourée d’excellents comédiens, Dominique Jayr, Marc Brunet, Xavier de Guillebon, Marc Berman, Philippe Rister, d’une belle maturité.
La pièce s’approfondit d’acte en acte, emmenée vers l’irréel, hors du temps, par le fantôme d’un cheval blanc qui passe comme l’ange annonciateur de la mort. Sur les murs mobiles du décor, les ancêtres reprennent toute la place, tout le pouvoir que la jeune fée de la liberté avait tenté de leur arracher. Mais voilà : dans le « combat des cerveaux », elle a perdu, elle s’est fait contaminer par cette maison lourde de culpabilité. Tandis que Rosmer montait vers la liberté, elle est descendue. La liberté est difficile et la “double contrainte“ rend fou : seule l’exaltation de la mort permet de s’échapper.
Voilà un beau travail,  classique. C’est un compliment : il n’est pas si fréquent d’arriver à cette qualité pour son troisième spectacle. Ensuite, on attendra de Julie Timmerman un point de vue d’artiste plus affirmé.
Christine Friedel



Le défi Ibsen


Par Florent Coudeyrat

On n’a jamais trop de Ibsen. Alors, lorsqu’une petite compagnie ose monter « Rosmersholm » avec des comédiens à la hauteur du défi, on accoure !
 


La Norvège l’indique fièrement sur le site de son ambassade : Ibsen serait l’auteur dramatique le plus joué au monde après Shakespeare. On a pu aisément le vérifier à Paris en 2010 avec pas moins de quatre mises en scène différentes de son chef-d’œuvre Une maison de poupée, tandis que les dernières saisons ont été animées par deux amoureux de son œuvre, Thomas Ostermeier et Stéphan Braunschweig (1). Au-delà de ces deux directeurs de théâtres nationaux et leurs moyens importants, les petites compagnies se confrontent rarement au géant Ibsen. Un défi que la compagnie Idiomécanic Théâtre relève cette année, avec la complicité du Théâtre de l’Opprimé et des petites scènes qui accueilleront ensuite le spectacle.
Aborder l’œuvre de l’auteur norvégien nécessite des comédiens aguerris, capables d’interpréter les infinies nuances de ce théâtre réaliste où les personnages en lutte jonglent avec les difficultés à agir selon leurs idéaux, et s’empêtrent dans des rôles et marqueurs sociaux dont ils peinent à se défaire. Œuvre de la maturité, Rosmersholm confronte un homme bien né, l’ancien pasteur Rosmer, avec le déterminisme de ses origines. Comment échapper à la route toute tracée de l’héritier censé défendre son statut social éminent ? Comment accéder à la conscience individuelle libérée des entraves du conformisme ? Comme souvent chez Ibsen, c’est un intrus qui va patiemment chambouler l’ordre établi en charmant un à un tous les habitants de la demeure de Rosmersholm.
Les hantises liées à la demeure ancestrale
Amie de la défunte femme de Rosmer dont le suicide hante les esprits, l’énigmatique Rebekka West va remplir ce rôle avec une détermination implacable. En quatre actes savamment dosés, Ibsen instaure un véritable suspens basé sur les révélations progressives des intentions des différents protagonistes, au premier rang desquels Mme West. La mise en scène de Julie Timmerman, sobre compte tenu des petits moyens dont elle dispose, insiste sur les hantises liées à la demeure ancestrale au moyen de nombreux portraits des ancêtres qui finiront progressivement par envahir toute la scène. Comme un symbole de l’influence des traditions dont Rosmer ne parvient finalement pas à se défaire complètement.
Les courtes vidéos entre les actes imposent la figure redondante du cheval blanc (2) qui confronte les personnages à leur besoin de surnaturel et d’inexplicable. Un alibi qui leur permet de camoufler leurs renoncements, de mettre de côté ce passé qui ne passe pas, particulièrement cette morte qui hante toute possibilité d’action véritable. Si la mise en scène a un peu de mal à animer un premier acte assez statique, elle prend de l’épaisseur avec la conduite du drame. Dans le rôle de Rebekka West, Julie Timmerman compose une jeune fille pénétrante et sûre d’elle, vibrante et fiévreuse quand viennent les révélations gênantes. Et ce même si l’on est moins convaincu par son expression corporelle, aux accents parfois outrés.
Des seconds rôles épatants
À ses côtés, Xavier de Guillebon compose un évanescent Johannes Rosmer, parfaitement en phase avec le rôle, mais dont on aurait aimé davantage d’emphase dans les quelques passages où son personnage cède à l’exaltation naïve et lyrique. L’impeccable Marc Brunet (Kroll) se montre égal à lui-même, solide et convaincant, mais aussi un rien monolithique dans une technique trop maîtrisée. On préfère de loin les interprétations plus nuancées des seconds rôles, tous parfaits. Philippe Risler impressionne par sa composition glaciale d’où pointe toute la perversité du redoutable Mortensgaard, tandis que Marc Berman éclaire de son regard malicieux et de l’audace de son phrasé un truculent Brendel.
Nous finirons par la délicate Dominique Jayr, qui donne à son rôle de servante une dimension à la hauteur du propos. De sa voix grave aux florissantes subtilités, elle rappelle que jamais les Rosmer ne crient ni ne rient. Calme et posée, c’est bien elle, en observatrice fidèle des passions qui déchirent Rosmersholm, qui garde les clés de la demeure et conclut le drame par un cri. Celui de l’observatrice silencieuse qui, déjà, avait commencé à douter de son maître.



FROGGY’S DELIGHT



 Comédie dramatique de Henrik Ibsen, mise en scène de Julie Timmerman, avec Marc Berman, Marc Brunet, Xavier de Guillebon, Dominique Jayr, Philippe Risler et Julie Timmerman.

Pour une de ses premières mises en scène, la comédienne Julie Timmerman ne verse pas dans la facilité en choisissant une pièce magistrale deHenrik Ibsen.

Dans "Rosmersholm", avec une redoutable efficacité tant dramaturgique que rhétorique, l'auteur norvégien traite simultanément, par l'usage du réalisme dialectique et avec pour levier le processus de dévoilement, des enjeux du débat idéologique entre le conservatisme et le radicalisme démocratique et une tragédie intime qui brasse les thématiques du déterminisme familial, du péché et de la culpabilité conduisant inexorablement à l'expiation et du voir de l'amour absolu détaché des contingences humaines.

Dotée d'un caractère déterminé et bien décidée à prendre sa revanche sur la vie, Rebekka, une jeune femme plébéienne au passé trouble et aux idées progressistes, archétype de l'aventurière du 19ème siècle et préfiguration de la femme émancipée du 20ème siècle, s'impose à Rosmersholm, la demeure des Rosmer, dynastie aristocratique de pasteurs et de grands commis de l'Etat, devenue le bastion du conservatisme dans une société puritaine inféodée aux préceptes moraux rigoristes et à l'intégrisme du dogme religieux.

Elle aspire à dynamiter l'ordre social non seulement en s'élevant dans l'échelle social par la voie du mariage avec le maître de maison après avoir poussé au suicide son épouse affectée par sa stérilité mais également en provoquant la conversion politique du dernier des Rosmersholm.
Mais c'est sans compter sur l'atmosphère délétère de cette demeure dans laquelle les morts s'accrochent aux vivants comme leurs portraits en phagocytent les murs et sur laquelle plane la mort symbolisée par un cheval blanc, et la virulence de ceux qui détiennent le pouvoir et pour qui le combat vise à la déconsidération publique de leurs opposants.
N'oeuvrant ni dans la contextualisation ni dans l'adaptation, Julie Timmerman livre une proposition maîtrisée et rigoureuse, fidèle à l'esprit, à la lettre et à la beauté du verbe ibsenien pour lequel chaque mot est porteur de sens, tel qu'il ressort de la traduction émérite de Eloi Recoing, et donc à l'oeuvre originale dont la pertinence et la modernité ont traversé le siècle.
Le drame se déroule dans un décor unique conçu par Clémence Kasémi, un intérieur aux murs constitués de panneaux pivotants à double face, un côté blanc évoquant l'avenir possible comme une page blanche à écrire, un côté représentant les portraits de famille, vision écrasante des ancêtres qui vont transformer l'espace en chambre d'écho des morts.
La mise en scène de Julie Timmerman est rigoureuse, alors même qu'elle s'est distribuée dans le rôle principal qu'au demeurant elle tient d'excellente manière avec une belle intensité de jeu qui rend compte de la tension intérieure du personnage soumis à la loi du destin, à la contamination par l'esprit des Rosmers qui ennoblit mais tue le bonheur et à l'amour qui l'a conduit au renoncement.
Et elle a réuni une belle et judicieuse distribution qui porte parfaitement la partition. Dominique Jayr traduit bien la fausse ingénuité du personnel ancillaire témoin impassible des drames.
Belle composition également pour Marc Berman, l'ex-précepteur qui doit faire le deuil de ses idéaux politiques, Philippe Risler, ancien instituteur mis au ban de la société pour sa liaison avec une femme mariée reconverti en journaliste virulent et sans scrupules et Marc Brunet dans le rôle du proviseur Kroll archétype du réactionnaire pourfendeur de la démocratie populaire.
Enfin, Xavier de Guillebon prête son physique ascétique et son talent au dernier des Rosmer qui connaît un revirement symétrique à celui de Rebekka, l'homme timoré victime de son hérédité et de son éducation élitiste devenant un idéaliste exalté qui veut faire de tous les hommes des aristocrates en libérant les esprits et purifiant les volontés.
Les parti pris de Julie Timmerman pour un jeu très tenu et en costumes sont assumés et cohérents. Le théâtre d'Ibsen est un théâtre des ténèbres intérieures et les passions, qui ne donnent jamais lieu à d'exubérantes démonstrations, consument de l'intérieur, sous les corsets et les cols durs.

MM
        



 








 

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